Depuis plusieurs années déjà, je passe les premiers jours de janvier face à la mer. Non pas la mer turquoise d’un lointain paradis touristique mais bien celle, laiteuse et venteuse, des côtes françaises proches – bretonne, normande, picarde ou plus nordique encore, selon les années. Bol d’air et coup de fouet bienvenus après les fêtes. Cela me permet de faire le vide, d’ouvrir la première page d’un nouveau carnet de route (et de notes), en me laissant bercer par le bruit du ressac et en contemplant au loin, très loin le ciel et la mer qui se rejoignent. 

Halte d’autant plus nécessaire pour l’entrepreneur que je suis devenue, car elle me permet de retrouver un minimum  de sérénité pour affronter la pression d’un quotidien parfois incertain. Pause indispensable pour me reconnecter à l’essentiel, pour reprendre confiance, avant de relever les défis d’une nouvelle année.

J’aime mettre à profit ces quelques jours pour lire et réfléchir.
Deux textes ont attiré mon attention cette année, que je souhaite vous faire découvrir. Vous aurez peut être rencontré le premier sur la toile car il y circule beaucoup ces derniers jours. Il évoque les voeux prononcés par Jacques Brel en 1968 sur Europe 1.

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.
Jacques Brel

 Le second, plus ancien, également découvert sur la toile (sur le blog Brain Pickings), est probablement moins connu mais je le trouve intéressant à plus d’un égard. Il s’agit d’un texte écrit par Nietzsche en janvier 1882.

« Pour la nouvelle année. – Je vis encore, je pense encore : je dois vivre encore, car je dois encore penser. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui, chacun s’autorise à exprimer son vœu et sa pensée la plus chère : eh bien, je veux dire, moi aussi, ce que je me suis aujourd’hui souhaité à moi-même et quelle pensée m’est venue à l’esprit la première cette année, – quelle pensée doit être pour moi le fondement, la garantie et la douceur de toute vie à venir ! Je veux apprendre toujours plus à voir dans la nécessité des choses le beau : je serai l’un de ceux qui embellissent les choses. Amor fati : que ce soit dorénavant mon amour ! Je ne veux pas faire la guerre à la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Que détourner le regard soit mon unique négation ! Et somme toute, en grand : je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! »

Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre IV, « Sanctus Januarius », § 276

Voilà ce qui m’inspire en ce début d’année.

À mon tour, je vous souhaite, cher ami lecteur, de dire OUI à la vie, à la beauté, à l’aventure, à la curiosité, à l’amour. Happy 2015 !